Le tour du monde en 433 jours

10 Juin, 2017 | Récit

Auteur : Maxime Brigand

Depuis plusieurs années, l’ultra-fondeur français Serge Girard cumule les aventures délirantes. En avril dernier, il a bouclé le record du tour du monde en courant. Récit.

Sous ses carreaux et ses fines bouclettes, le philosophe Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche, aimait dire que la consommation entraîne souvent l’addiction. Serge Girard, soixante-trois ans, a pris cette réalité en pleine face il y a quelques semaines au bout d’un long chemin qui l’aura mené sur quatre continents et plus de 26 000 kilomètres de routes. L’homme n’était plus rentré chez lui depuis 433 jours mais n’arrive toujours pas vraiment à y rester : « Tout est terminé mais je ne peux pas. C’est plus fort que moi. Depuis que je suis rentré, je suis dans une addiction complète à la course à pied. Dès le deuxième jour, je suis allé courir trois heures. Pareil le lendemain. Sinon, je suis de mauvaise humeur, comme quelqu’un qui a besoin de sa cigarette. »

Mieux, le sexagénaire a déjà commencé à planifier la suite. Pour lui, ce sera l’Antarctique. « La seule chose qui me fait hésiter, c’est l’absence de rencontres, nuance-t-il. Ah, et puis les couleurs aussi parce que là-bas, il n’y en a pas beaucoup. » Serge Girard, c’est l’histoire d’un homme à la quête mystique, d’une aventure débutée le 31 janvier 2016 et bouclée au début du mois d’avril dernier. Mais aussi d’un record, forcément.

Le cannibale de la route

Au départ, il souhaitait simplement découvrir le monde. Le temps ne servait pas à grand chose et n’est aujourd’hui, selon lui, qu’anecdotique. Pourtant, Serge Girard a battu le record du tour du monde en courant en 433 jours et trois heures, jusqu’ici détenu par l’Australien Tom Denniss (622 jours, ndlr). « Ce qui va rester, c’est la découverte du monde à pied où on a le temps, on fait des rencontres. Et puis accéder à certains paysages à pied est une forme de récompense », raconte-t-il, toujours « un peu perdu » après avoir vécu une telle expérience.

Un détail : Serge Girard n’est pas un inconnu. On peut même parler d’un cannibale si l’on regarde son passé. L’homme a débarqué dans le milieu de la course à pied tardivement mais a ensuite empilé les défis, traversant les cinq continents en courant, s’offrant un Paris-Tokyo mythique. Pour lui, « le plus dur est de monter les projets, pas de les réaliser. C’est quelque chose qui prend du temps, de l’énergie. Il faut trouver de l’argent et ce n’est pas le plus marrant. Si je m’écoutais, je serai toujours sur la route », comme il le racontait à 20 minutes il y a quelques années.

Les ours, les îles Fidji et la planète

Cette fois, l’idée était de dégager ses limites le plus loin possible. Alors, il a tracé sa route. Et voilà ce qu’il en garde : « Le pic, c’était sans aucun doute le grand nord canadien. C’est exceptionnel mais aussi effrayant. J’ai croisé énormément d’ours qui étaient parfois tout proche de moi et ça m’a donné une peur bleue. Les Rangers m’avaient prévenu de ne jamais leur tourner le dos, de se tenir à l’écart d’une mère avec ses petits. J’ai aussi découvert les îles Fidji qui étaient extraordinaires. C’est sûrement le peuple qui m’a le plus impressionné par sa gentillesse. Au final, j’ai alterné entre un 54°C en Australie et un 18°C dans le Colorado. On voit tout, on découvre. »

Cette aventure, c’était aussi réaffirmer une sensibilité à une époque où le monde ne sait plus comment appréhender son avenir écologique et humain. « Aujourd’hui, je peux confirmer que la planète est belle », lâche-t-il. C’était son dernier défi en date. Et demain ? Demain, il faudra repartir.