Et si le running était obligatoire ?

19 Mai, 2017 | Détente

Auteur : Jean-Romain Blanc 

Première mesure d’ampleur du néo-président Macron : rendre obligatoire le running, pour améliorer la santé des Français et redynamiser l’économie nationale.

À peine nommée ministre des Sports, la « guêpe » Laura Flessel fait admirer sa taille svelte et sa démarche sportive. En coulisses, on susurre que c’était une des qualités pour intégrer le gouvernement Philippe 1er, l’allure, l’aspect athlétique, la carrure, la finesse ; d’aucun dirait la grâce. Au diable les ministres gras et bedonnants, même Jean-François Lamour, ancien champion de l’escrime française, qui avait pris place au ministère des Sports avec un nœud de cravate qui disparaissait sous le double menton.

Il faut dire que le problème est des plus inquiétants : selon le résultat de plusieurs études récentes, un Français sur deux serait en situation de surpoids. Plusieurs plans de longues durées ont été d’ailleurs été mis en place successivement par les deux derniers présidents, avec des résultats mitigés. D’abord, Nicolas Sarkozy, l’adepte la course à pied médiatisée, domaine dans lequel il ne pouvait rivaliser avec Dominique de Villepin. Ensuite, François Hollande, dont le régime pré-élection avait été un succès avant un petit relâchement coupable pendant le quinquennat.

Ils courent, ils courent, ils se raccrochent à la vie

Et puis Emmanuel Macron est arrivé avec des idées aussi révolutionnaires qu’autoritaires. C’est l’escalade : multiplication des cantines labellisées « bio », primes à l’embauche lorsque l’IMC est inférieur 18, incitations fiscales à s’inscrire à une AMAP. Vient enfin le coup de grâce sur le gras : le président rend obligatoire le running, à raison de 21 kilomètres par semaine. L’homme qui a mis la France en marche veut maintenant la voir courir. « Mon souhait est de rétablir la position de la France dans le monde, annonce-t-il fièrement. Le running sera le phare qui guidera nos pas vers le redressement économique. »

Concrètement, l’Etat crée une application qui permet aux citoyens d’enregistrer leurs performances et, de fait, obtient une situation de monopole sur les « running app » ; personne n’aurait à l’esprit de courir avec une autre application, sous peine de ne pas pouvoir prouver les 21 kilomètres hebdomadaires. 

Des sous-bois, du prime time, tout ça dans l’allégresse

Après des débuts marqués notamment à Paris par la création d’une voie « running » parallèle aux actuelles voies de bus et pistes cyclables, la mesure trouve sa vitesse de croisière. Les Français arpentent les rues, les chemins, les sentes, les sous-bois, les parcs avec allégresse.

Des conséquences collatérales surprenantes font ainsi leur apparition. Les transports en commun deviennent caduc et la ligne 13 devient fréquentable. Il y a bientôt autant de vendeurs Go Sport que de pins dans les Landes. Le taux de criminalité et la délinquance chutent, les voyous étant trop fatigués pour se permettre des folies. Avec la diminution du temps passé devant un écran, les Français acquièrent une meilleure vue et l’Hexagone connaît un trop plein d’ophtalmologistes, alors que kinés et autres orthopédistes font fortune.

L’équipe de France d’athlétisme remplit l’avenue des Champs-Elysées après une rafle de médailles lors des JO de Tokyo, en 2020. D’ailleurs, les compétitions régionales de 5 000 et 10 000 mètres seront diffusées en prime time sur TF1, avec Christian Jeanpierre aux commentaires, sous le charme de ce diable de Christophe Lemaitre. Avoir un dossard pour le marathon de Paris est plus difficile à obtenir qu’une table à la Tour d’Argent. On ouvre le procès en béatification d’Alain Mimoun. Bref, ce n’est plus le grand bond en avant de Mao, c’est la grande foulée en avant de Manu.

La gronde anti-running monte

Mais, comme pour la mise en place du régime générale des retraites, des voies dissidentes se font rapidement entendre. Se succèdent à l’Elysée les unijambistes, les grands invalides de guerre, les malades de tout poil, les cheminots, les CGTistes, les MEDEFiens, les bouddhistes, les athlètes eux-mêmes, les retraités, les chômeurs, les fonctionnaires, les clercs de notaires, les employés de l’Opéra de Paris, les agriculteurs, les jockeys, les chauves, l’union des individus aux petites jambes (UIPJ), les narcoleptiques, les gens qui préfèrent nager, les journalistes, les enfants, les prisonniers, les automobilistes, les titulaires d’une carte de transport…

Tous se plaignent d’une réforme à laquelle ils ne peuvent se plier. Des régimes spéciaux, des dispenses, des dérogations, sont créés, donnant à la mesure-phare des aires de coquille vide. Certaines langues pendues, vite tues, verront dans cette marche arrière l’influence d’un lobby très zélé auprès du marcheur Emmanuel Macron, le lobby des randonneurs. Mais ceci est une autre histoire.