Le pistolet en athlétisme, l’histoire d’un coup pas toujours bien tiré

3 Juin, 2017 | Détente

Auteur : Jean-Romain Blanc 

« L’attentat » au pistolet de départ par la princesse Astrid qui a rendu presque sourd le Premier Ministre belge mérite une enquête sur l’arme du crime.

Depuis le 28 mai dernier, le Premier ministre belge Charles Michel est atteint d’une surdité partielle en raison d’un coup de feu. Un attentat ? Une tentative de déstabiliser le gouvernement ? Une surexposition à l’huile de friture pendant le « coup de feu » avant la rencontre Standard de Liège – Anderlecht ? Rien de tout ça.

La responsable est une archiduchesse, princesse de Belgique, la sœur du roi lui-même : la princesse Astrid. La duchesse de Modène a donné le départ du 20 km de Bruxelles en tirant au pistolet. Le coup est tellement bien parti que son voisin le plus proche, le Premier ministre du plat pays, Charles Michel (Ligne 10), a ressenti une vive douleur à l’intérieur de l’oreille et a été contraint de « renoncer à une activité publique au Parlement » le lendemain.

Rappel historique : un pistolet de départ ne sert pas uniquement à rendre un Premier Ministre sourd

L’usage du pistolet peut sembler archaïque pour lancer le départ des courses, et pourtant cet instrument est utilisé de manière traditionnelle depuis les Jeux Olympiques de 1904 et l’épreuve du 60 mètres. Dans l’Antiquité, plusieurs méthodes avaient été tentées : un javelot lancé en l’air et le bruit de son atterrissage sonnait le départ, des cordes qui maintenaient les participants, un sifflet, un bruit quelconque… Aucune ne s’est avérée performante, laissant le 20e siècle imposer cette nouveauté du pistolet. Rappelons à cette occasion que le tir faisait partie intégrante des Jeux Olympiques à l’époque : tir à la carabine, tir au cerf courant, tir au pigeon et autres.

Mais le pistolet trouve rapidement des détracteurs. Les études ont montré que les athlètes les plus loin du pistolet au moment du coup du feu réagissaient plus lentement que les athlètes plus proches. Les différences – infimes – sont liées à la vitesse de déplacement du son dans l’air. A cause de ce problème, le pistolet projette un petit nuage de fumée, qui permet aux officiels situés au niveau de la ligne d’arrivée de voir et de lancer le chronomètre avant d’entendre véritablement le top départ. E=M6.

340,29 mètres par seconde, ce n’est pas assez

La réponse apportée à ce problème a été de brancher le pistolet sur haut parleur pour que tout le monde, et surtout les coureurs, entendent le coup en même temps. Bien évidemment, de tels procédés ne peuvent être mis en place que sur des compétitions nationales ou internationales. N.B. : le son se propage quatre fois plus vite dans l’eau que dans l’air (1 500m/s contre 340 m/s).

Si dans les premiers temps, le pistolet, ou revolver, était une vraie arme, il a rapidement été chargé avec des balles à blanc, avant d’être carrément modifié pour un usage dédié strictement à l’athlétisme, donnant naissance au terme exact : pistolet de départ.

Le pistolet qui tire plus vite que son ombre

Depuis les Jeux Olympiques de 2010, à Vancouver, les instances dirigeantes ont officialisé un nouvel objet, appelé « e-gun », dont le rôle est le même que celui du pistolet. Le bruit produit reste le traditionnel « pan ! » toujours aussi impatiemment attendu par les athlètes dans les starting-blocks et par la foule difficilement contenue dans les gradins du stade. Ce pistolet rafraîchi répond à deux demandes précises : d’abord, il peut être raccordé aux haut-parleurs du stade et permet aux coureurs d’entendre exactement en même temps le top départ, ensuite il ressemble à une espèce de poignée de jet-ski, difficilement assimilable à un vrai pistolet.

Pendant longtemps, c’était sur ce dernier point que le pistolet de départ inquiétait les autorités, parce qu’il pouvait être aisément modifié pour en faire une arme, tirant de vraies balles. Il pouvait aussi être confondu avec un « vrai pistolet », comme dans certains détournements célèbres. Donc, si vous vous retrouvez, aujourd’hui, braqués par une personne armée d’un pistolet, obtempérez, ne misez plus sur le fait que ce soit un faux.